Rapport de stage de Claire Mellia

aux éditions KAZÉ

 

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée, le lundi 6 juin 2016, au 14, boulevard Hausmann, dans le 9ème arrondissement de Paris. J’allais commencer mon premier jour de stage aux éditions Kazé, maison spécialisée dans le manga. Le fait je n’y connaisse rien au manga a d’abord retardé ma décision de faire ce stage, que j’ai obtenu d’une relation. Après réflexion, c’était une vraie opportunité de me confronter à un milieu au sein duquel je souhaitais travailler dans les années futures.

 

Malgré cela, ce lundi-là, devant la porte, je ne me sentais pas tout à fait légitime. En apprenant mon inculture dans le domaine, mes collègues ont d’abord été étonnés. Heureusement, ils en ont plutôt ri. J’ai donc passé la première semaine de mon stage à lire, tantôt des mangas, tantôt des documents sur l’entreprise. Je me suis familiarisée avec le catalogue de Kazé ainsi qu’avec les recommandations fournies aux traducteurs, notamment concernant la traduction des onomatopées, très fréquentes et primordiales dans le manga. Elles sont, selon les cas, remplacées par le français ou sous-titrées, c’est-à-dire traduites sous la version japonaise. Ces manipulations nécessitent la maîtrise du logiciel Photoshop. Dans la chaîne de réalisation d’un manga, elles sont réalisées par le lettreur qui insère le texte français dans les bulles.

 

Durant la deuxième semaine, mes collègues ont commencé à me faire découvrir leur métier. Il consiste principalement en un travail d’adaptation du texte traduit. C’est en cela que mon appréhension des mangas était essentielle : les éditeurs sont spécialisés dans ce domaine, en connaissent les codes, ce qui leur permet de modifier les dialogues, de donner un ton particulier. Même à la fin de mon stage, j’étais encore loin d’être capable de faire cela. On m’a plutôt confié des corrections dites ortho/typo, c’est-à-dire de l’orthographe et de la typographie d’un texte. Ce travail est habituellement effectué en externe par un correcteur, mais il est parfois donné en interne aux éditeurs, sous réserve du passage de chacun d’entre eux. Grâce à cette activité, je connais maintenant les signes les plus courants du code de correction typographique.

 

La dernière étape dans la réalisation d’un manga est la vérification des traceurs. On appelle ainsi l’ensemble des pages d’un livre, que l’on a munies de repères grâce au logiciel InDesign afin de se figurer si, à l’impression, elles seront coupées correctement. Pour s’en assurer, on fait déborder le dessin sur des marges supplémentaires, les fonds perdus. Ainsi, bien que ces derniers soient censés disparaître, si la coupe est mauvaise et qu’ils apparaissent, il n’y aura pas de blanc sur la page.

 

En parallèle de ces activités, j’ai, dès le matin de mon premier jour, été pleinement intégrée à l’équipe éditoriale. Le lundi, les éditeurs, le directeur éditorial et l’employée s’occupant de l’acquisition des droits se réunissent avec la graphiste, qui fait partie d’un autre service dans l’entreprise mais joue un grand rôle dans la conception des mangas, notamment pour les couvertures et jaquettes. C’est durant ces moments que j’ai le plus appris sur l’organisation générale, parce que ce que je faisais le reste du temps n’était qu’une parcelle d’un travail à suivre sur la durée. J’ai ainsi noté que le plus intéressant dans l’édition était cet itinéraire que parcourent le texte et les dessins jusqu’à l’ouvrage réel. Les différents acteurs impliqués dans la réalisation du livre sont nommés sur une page réservée à cet effet, le colophon. Y sont également mentionnés les droits acquis par l’éditeur français.

 

Ces droits font la particularité de l’édition de mangas. Les éditeurs ne fonctionnent que par acquisition de licences de livres japonais, qu’ils font traduire et publient. Plus ou moins régulièrement, les membres de l’équipe se réunissent au complet pour discuter de mangas qu’ils ont repérés. Certains font valoir leurs qualités inhérentes, d’autres plutôt leur potentiel de commercialisation. Ce dernier point est surtout représenté par le directeur commercial, car c’est lui qui devra développer diverses stratégies afin de promouvoir le livre auprès des distributeurs, ceux qui le diffuseront ensuite aux librairies. Une réunion ayant eu lieu durant mon stage me permit de me représenter ce fonctionnement. Grâce à elle, je pus mieux comprendre l’importance que revêtait la décision de faire ou non une offre commerciale sur un manga.

 

Considérant cela, il n’y a donc a priori pas de partie réservée aux créations françaises dans le métier de ce type d’éditeur. Pourtant, Kazé reçoit régulièrement des projets de mangas ou de bandes dessinées. De la même manière que j’ai été intégrée aux réunions générales, j’ai pu participer à celles qui traitaient des réponses à apporter aux auteurs ayant sollicité la maison. Diverses questions étaient abordées, parmi lesquelles l’originalité du sujet traité ou la qualité graphique. Cette capacité à reconnaître un projet bien conçu et valant la peine d’être publié m’a semblé essentielle à tout éditeur.

 

A la lecture des projets, celui-ci rédige, pour chacun d’entre eux, une fiche adressée à ses collègues ne les ayant pas lus. J’ai pu m’exercer à ce type d’activité en m’inspirant de fiches déjà faites. J’ai remarqué que chaque éditeur possédait sa propre façon de les écrire, mais, globalement, certaines catégories sont rémanentes, visant à déterminer le genre, à cibler le public, à concevoir un synopsis, à formuler un commentaire qui inclue les qualités commerciales du projet. De plus, une éditrice m’ouvrit à d’autres horizons en me permettant lire des fiches rédigées lorsqu’elle était employée dans une maison d’édition de littérature générale.

 

En ce qui concerne la rédaction, le travail de l’éditeur comporte aussi celle des résumés. Certains m’ont été confiés à la fin de mon stage, non pas en vue de versions définitives évidemment, mais afin de m’exercer. Ce fut une activité tout à fait instructive, précisément parce que cela m’a semblé difficile. Grâce à elle, et au stage en général, je sais maintenant ce que peuvent m’apporter, d’une part, la khâgne, et d’autre part, la spécialité lettres, dans le métier que je souhaite exercer plus tard. C’est dans l’écriture, pour imaginer les résumés ou adapter les textes, que je dois développer mes compétences.

 

Par ailleurs, si je devais trouver un défaut à ce stage, c’est qu’au moment où je décidai de demander à découvrir d’autres services de l’entreprise, un collègue me confia une mission que l’on pourrait dire de stagiaire. Il s’agissait de constituer une bibliothèque dans la salle de repos afin de faire découvrir aux divers services de chez Kazé le catalogue manga. D’abord, le logiciel Excel me fut bien utile pour répertorier les livres présents en réserve. Ensuite, il me fallut choisir les mangas du catalogue Kazé que je souhaitais présenter dans cette bibliothèque. En tenant compte des livres de la réserve, je commandai, dans un stock propre à la maison d’édition puis, pour les ouvrages manquants, chez son distributeur, les mangas en question. Malheureusement, je ne pus mener à bien cette mission confiée lors de la troisième semaine de mon stage puisque, parallèlement, j’aidais toujours les éditeurs dans les autres activités que j’ai présentées. Ainsi, à la fin de la quatrième semaine, je transmis mon travail à l’éditeur qui m’avait confié cette mission.

 

C’est que la cinquième semaine était réservée à un événement majeur pour la maison d’édition : la Japan Expo. Ce salon, qui se tient tous les ans au Parc des Expositions de Villepinte, présente tout ce qui, de près ou de loin, se rattache à l’univers du Japon : mangas, animés, jeux vidéo, culture traditionnelle, etc. En termes de chiffres comme de visibilité, le salon constitue un gros enjeu pour toutes les entreprises qui s’y rendent, y compris pour Kazé, dans les domaines du manga, de l’animé et de leurs produits dérivés. Le fait que tous les services de chez Kazé soient concernés par l’événement me permit de rencontrer des personnes que je n’avais pas, ou peu, côtoyées durant le reste de mon stage. Le mardi et le mercredi, déballer les cartons, compter les livres, les ranger en visuel ou en réserve, fut un vrai travail d’équipe. Ensuite, les quatre jours suivants pour certains, seulement le jeudi et le vendredi pour moi, étaient réservés à la vente. Ce fut une expérience vraiment très enrichissante que de raconter maintes et maintes fois les histoires de mangas que j’avais appris à connaître, avec lesquels je m’étais familiarisée pendant un mois. J’eus aussi l’occasion d’être à la caisse, ce qui donne encore un autre aperçu du relationnel client.

 

Enfin, au soir du 8 juillet 2016, mon stage se terminait. Je conseillerais à tous de tenter ce type d’expérience, même si, apparemment, l’occasion qui se présente à soi n’est pas celle que l’on recherche. J’ai finalement découvert deux univers qui m’étaient inconnus, et je sais maintenant que, certes, je ne souhaite pas travailler dans l’édition de mangas, mais bien dans le type de structure où j’ai pu faire ce stage, à savoir avec une équipe numériquement restreinte dans laquelle, de fait, chacun des éditeurs est polyvalent. Le métier acquiert ainsi un caractère de diversité qui, à mon sens, fait son intérêt.


 


 

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