Rapports de stage 2009

 


Rapport de Morgane Pirès

Groupe moniteur

17, rue d’Uzès

75018 Paris


J’ai eu l’occasion de faire mon stage à la direction des relations humaines (DRH) du groupe Moniteur, groupe pluri-média d’information et de services qui travaille en collaboration avec les collectivités locales et les professionnels de la construction. Cet acteur de référence dans le domaine de la construction et de l’architecture exerce ses métiers dans cinq groupes d’activités : la presse professionnelle avec 30 titres, l’édition avec plus de 700 ouvrages et des beaux livres, le groupe est également propriétaire de salons et congrès, centre de formation pour les professionnels et se lance à présent dans le e-commerce.

La DRH est au cœur de ce groupe et gère le quotidien de plus de 1 000 salariés sur toute la France. En tant qu' interface entre la direction et les salariés, elle est au service de ces derniers afin de les accompagner dans leur vie professionnelle et améliorer leur quotidien tout en mettant en place une culture d’entreprise pour que chacun s’épanouisse tout en ajustant les ressources aux besoins de l’entreprise définis par ses souhaits stratégiques.


Dans la pratique, j’ai évolué pendant un mois dans tout le service avec des tâches très diverses.

Bien sûr je n’ai pas échappé aux tâches purement administratives du type classement ou archivage et à des petites tâches rapides comme des recherches ou encore terminer les bilans sociaux et les reportings, mais on m’a fait confiance et on m’a tout de suite intégrée à l’équipe. Ainsi, j’ai préparé et géré avec le directeur du développement des RH les élections professionnelles, moment très important dans la vie de l’entreprise et qui demande beaucoup de préparation et d’énergie.

J’ai également pu participer à un recrutement de A à Z, c’est-à-dire de la rencontre avec le directeur de pôle pour évaluer les besoins, à l’intégration du candidat retenu en passant par la rédaction et la publication de l’annonce et toute une série d’entretiens. J’avais aussi pour tâche de gérer les réponses négatives aux nombreuses candidatures spontanées que l’on recevait.

En plus de formations auxquelles j’ai pu assister, le personnel a pris le temps à chaque fois de m’expliquer tout le fonctionnement interne. J’ai donc eu des briefings sur le recrutement, l’organisation des formations pour des collaborateurs de l’entreprise, mais aussi de droit social car la directrice des relations humaines de l’entreprise préside aux prud’hommes et j’ai eu la chance de pouvoir assister à une séance toute une après-midi.

Enfin, on m’a chargée de rédiger un article pour un des journaux de l’entreprise afin de présenter la DRH, j’ai donc dû rencontrer tous les membres de l’équipe de la DRH pour les interviewer avant de pouvoir rédiger mon article qui sera publié dans l’édition de juillet.


On m’a demandé beaucoup de choses très différentes pendant ce mois, je n’ai donc cité que les tâches les plus importantes.

J’ai décidé de faire ce stage parce que je me posais beaucoup de questions sur mon avenir depuis le début de mon année d’hypokhâgne et je savais que les RH sont ouvertes aux littéraires, mais je ne savais pas réellement dans quoi je m’engageais et si c’était un domaine qui me plairait donc c’était l’occasion de me mettre à l’épreuve.

Ce stage m’a donc permis de confirmer mon orientation mais surtout de l’affiner car j’ai pu voir les différentes fonctions d’un service RH. Il m’a également permis d’améliorer l’image que je me faisais de ce domaine. Il m’a aussi permis de me faire une vraie image du monde de l’entreprise et je me suis rendue compte qu’en étant à l’école on est complètement déconnecté du monde de l’entreprise et l’arrivée dans une telle structure est assez déconcertante quand on est habitué à celle de l’école, cette expérience est donc intéressante de ce point de vue.

Au-delà de cela, avoir passé un mois dans un service RH est bénéfique pour mon futur proche, même pour mes études. Sur mon CV c’est un véritable bonus, surtout quand je passerai des concours car les examinateurs pourront voir que j’avance en terrain connu. De plus, en ayant traité un grand nombre de CV j’ai pu voir ce qui était bien ou non en terme de présentation pour améliorer le mien, les entretiens m’ont permis de repérer ce qui était à faire ou non ce qui me servira pour les concours et mes futurs entretiens professionnels, enfin, écouter les plaidoiries des avocats aux prud’hommes m’a permis d’avoir un déclic quant à l’attitude et au ton à avoir pendant une future colle l’année prochaine.

Enfin, les membres de l’équipe étaient très accueillants et très ouverts ce qui m’a permis d’avoir de nombreux conseils qui me seront très utiles à la fois pour mes études mais également tout au long de ma vie professionnelle.

Cette expérience n’a donc été que bénéfique pour moi et je ne regrette absolument pas de l’avoir fait, bien au contraire.


Rapport de stage d’Anne Joyeux

 

Lieu du stage


Collège Fénelon Sainte Marie


47 Rue de Naples


75008 Paris


Responsables de stage


Paul Lestienne

Directeur des Etudes du Lycée Fénelon Sainte Marie

24 Rue du Général Foy

75008 Paris


Hélène Walker

Directrice des Etudes du Collège Fénelon Sainte Marie

47 Rue de Naples

75008 Paris


Le Collège Fénelon Sainte Marie est un établissement privé dans lequel j’ai effectué un court stage d’une semaine. Pendant cette semaine, j’ai pu assister à une réunion hebdomadaire entre la directrice des Etudes et les responsables des niveaux, assister à une réunion des professeurs de français du collège traitant des réformes et du nouveau programme, assister à deux cours de français en première, deux cours de français en cinquième et à un conseil de classe de cinquième, aider la documentaliste du lycée à ranger les manuels scolaires, la documentaliste du collège à faire l’inventaire et à trier les revues, accompagner le Club de lecture du collège à une sortie en librairie et la classe de latinistes de cinquième lors d’une sortie au Louvre, ainsi qu’une classe de sixième dans une galerie d’art sur le thème du développement durable.


J’ai également pu apprécier les talents artistiques des sixièmes lors de la présentation de leur projet « cirque », aidés par un professionnel, et la maîtrise des langues étrangères des cinquièmes en assistant à la pièce Alice in Wonderland, en anglais, adaptée du roman de Lewis Carroll.


Observations et acquis


Grâce à ce stage, j’ai pu observer et comprendre le fonctionnement d’un établissement scolaire Au cœur même de l’administration et du corps enseignant.


J’ai accédé à une facette du collège que l’on n’imagine pas en tant qu’élève. Comment, en effet, imaginer l’effervescence dans l’administration d’un lycée à l’heure de la fin des cours, alors même que les élèves pique-niquent joyeusement dans les salles de classes ?


Enfin cette semaine passée au cœur d’un établissement scolaire m’a permis de confirmer mon projet d’avenir que je voulais diriger vers l’enseignement. Je voudrais pour cela remercier M. Lestienne et Mme Walker qui ont mis sur pied mon programme de stage, et tous les professeurs qui ont accepté que j’assiste à leur cours, ainsi que Mme la documentaliste pour m’avoir guidée et accepté mon aide.

 


RAPPORTS DE STAGES : JUIN-JUILLET 2009

Magda MAAOUI

 


Après avoir achevé l’année d’hypokhâgne le 1er juin 2009, j’ai effectué deux mois de stages au sein d’institutions culturelles françaises. Au cours du mois de juin, j’ai été stagiaire au Musée d’Orsay. J’ai ensuite travaillé pendant le mois de juillet à l’Institut du Monde Arabe.

 

I- Le cadre de travail :


Du 2 au 31 juin 2009, j’ai pu découvrir l’univers du Musée d’Orsay. J’ai en effet travaillé sous la direction de Mme Joëlle BOLLOCH, chargée de documentation en photographie du XIXe siècle. La période considérée par les responsables de la photographie au Musée s’étend de l’année 1848 aux débuts du XXe siècle. Nous étions une quinzaine de stagiaires répartis dans les secteurs de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, des arts décoratifs et de la photographie.


Tous les stagiaires étaient étudiants et avaient des parcours qui touchaient de près au domaine de l’art : la plupart étudiait au sein de l’Ecole du Louvres, en licence ou en master. D’autres étudiaient l’histoire de l’art, ou l’histoire tout court, à Paris 1, Paris 3, Princeton ou encore Harvard. J’étais le seul spécimen « hypokhâgneux », cependant nombre de stagiaires avaient effectué une ou deux années de classes préparatoires littéraires. Tout est donc encore possible pour nous.

Le fait que nous formions une sorte de grand groupe qui travaillait d’arrache-pied dans une bibliothèque silencieuse donnait à ce stage l’air d’une classe d’été, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Le cadre de travail était idyllique : l’ancienne gare qui fut transformée en Musée dans les années 1970-80, face à la Seine, au 4e étage du secteur « Interdit au Public » auquel on peut accéder par l’ascenseur dont les portes se ferment toujours trop rapidement.

Du 6 au 31 juillet 2009, j’ai pu travailler au sein de l’Institut du Monde Arabe, sous la direction de la commissaire d’exposition Mme Hoda Makram-Ebeid, dans le département de la conservation du bâtiment qui se trouve sur la Place Mohamed V. L’IMA est le fruit de la coopération entre monde arabe et monde occidental, et c’est ainsi que les périodes considérées et les champs étudiés sont des plus vastes et des plus variés. C’est ainsi que les collections d’objets préislamiques du musée côtoient les œuvres de l’exposition d’art contemporain palestinien ou les photographies d’enfants yéménites.

Nous étions environ cinq stagiaires travaillant chacun pour le compte d’un des responsables du département. De même qu’au Musée d’Orsay, les stagiaires étudiaient tous pour travailler un jour dans le domaine de l’art : histoire de l’art, médiation culturelle, gestion du patrimoine. Certains d’entre eux s’étaient spécialisés dans le domaine de l’art islamique ou de l’art dans le monde arabe.


Le cadre de travail était cette fois-ci différent, par la logique plus entrepreneuriale de l’IMA. Cela m’a permis d’apprendre ce qu’était le monde des bureaux, et de découvrir une logique de travail qui rappelle ces équipes de chercheurs possédant chacun son petit espace, ses tâches à effectuer, et cette bonne entente nécessaire au dynamisme commun.


En plus de ce pont jeté entre départements de documentation et exposition que représentait l’articulation des deux expériences, cela fut intéressant de confronter les deux manières de travailler au cours de mes mois de stages pour comprendre la leçon suivante : savoir suivre à la lettre les indications de son supérieur, mais aussi travailler de manière totalement autonome, sont deux conditions de travail complètement opposées et qui doivent pourtant se combiner parfaitement.


II-Les tâches effectuées :


Plusieurs travaux m’ont été demandés. Le principal était le dépouillement du catalogue « Voir l’Italie et Mourir » illustrant l’exposition du même nom qui avait lieu à Orsay. C’était une exposition qui retraçait les échanges entre photographie et peinture au moment de l’apparition et de la diffusion de la technique photographique. Le lieu n’est pas anodin : Italie, lieu d’inspiration et de formation artistique. Mon travail consistait en le dépouillement du catalogue : photographies et peintures d’une part, textes contenant des références à ces œuvres d’autre part. En effet, tout catalogue d’exposition doit être ainsi dépouillé pour que les informations récoltées alimentent les dossiers d’artistes de la documentation. Les spécialistes et chercheurs peuvent ainsi bénéficier d’une documentation référencée et régulièrement complétée à Orsay.


Outre l’apprentissage de ce que demande la gestion de la documentation au cours de ce travail, je découvrais de manière originale une exposition que je n’allais voir en vrai que plus tard. Découverte qui suscite la curiosité d’une manière étrange : en observant les photographies représentées dans le catalogue, je ne savais pas encore à quoi ressemblait un daguerréotype sur feuille métallique ou un calotype sur papier albuminé, ni quelles dimensions réelles avaient telle ou telle œuvre.


Ce premier travail achevé, ma responsable me demanda de dépouiller un catalogue d’exposition qui étudiait le travail des photographes de la région ornaise au XIXe siècle. Une autre dimension est abordée puisque ce n’est plus l’Italie qui est étudiée, mais l’Orne, toutefois, la même idée persiste. La diffusion de la photographie semble être ouverte à tous : des amateurs aux professionnels, des hommes photographes, aux veuves de photographes. Les sujets coïncident avec une nouvelle vision plus libre de la société : tout peut être intéressant à analyser, et si tout n’est pas artistique, tout peut être le sujet de reportages, en l’occurrence photographiques.


Viennent ensuite des travaux qui m’enchantent à souhait. Tout d’abord, Mme Bolloch m’explique le fonctionnement du doublon informatique de la Documentation à Orsay : la « BaseOrsay ». Je sais, ça fait film sci-fi de série B. Pourtant, là intervient l’importance de la technologie. Si Orsay ne sous-traitait pas à une société informatique pour faciliter l’accès aux dossiers d’œuvres et dossiers d’artistes, les chercheurs et les employés auraient vite les bras trop musclés de la tenniswoman Serena Williams. Je sais ce que je dis, une boîte de rangement contenant des dossiers, c’est lourd.

 

Dans cette fameuse « BaseOrsay », les possibilités de recherches sont nombreuses. Thématique, nominale, chronologique. Pour ma plus grande joie, Mme Bolloch me demande de me familiariser avec les photographies concernant les régions d’Algérie. Ce sont celles d’Alger et de Constantine qui me sont le plus familières. Alors, cela fait en tout trente-deux photographies datant du XIXe siècle. 1830 étant l’année de la colonisation de l’Algérie par la France, les photographies sont de deux types. Il y a celles qui représentent les infrastructures construites par l’occupant au XIXe et celles que l’on pourrait qualifier d’orientalistes, peignant les paysages et les indigènes qui répondent aux clichés de l’époque. Parmi ces photographies, nombreuses sont celles dont le lieu n’est pas identifié. Il m’est donc demandé de m’aider de ma connaissance des lieux, tout en appuyant mes souvenirs de sources sûres, pour identifier le lieu de ces photographies. Une autre œuvre appartenant à Orsay, qui n’est pas une photographie mais un tableau, représente un lieu qui m’est familier. C’est un tableau de Renoir, « Le Ravin de la Femme Sauvage ». Le lieu indiqué sur la fiche de l’œuvre équivaut à peu près à « quelque part en Algérie ». Or, ce ravin se trouve au centre-ville de la capitale, et il porte ce nom à cause d’une légende particulière. Je me demande pourquoi je me suis soudain sentie dans la peau d’Indiana Jones, à essayer de créer le lien historique avec des lieux vus et côtoyés au quotidien. La cerise sur le gâteau, c’est lorsque je présente mon travail à ma responsable qui l’approuve et classe mes recherches dans les dossiers d’œuvres correspondants, en ayant préalablement inscrit mon nom et mon statut de stagiaire au bas de chaque feuille. Enfin, les dernières tâches que j’ai effectuées à Orsay furent en lien avec le travail intense qui se déroulait dans toute la documentation, en vue de la préparation de l’exposition-évènement de la rentrée au Grand Palais : les dernières années de Renoir. Les stagiaires du secteur de la peinture étaient beaucoup plus sollicités que moi, mais une unique tâche m’a permis de me sentir un tout petit peu utile. En effet, on me demandait d’entrer en contact, par téléphone, avec le Musée des Beaux-Arts d’Alger, qui possède un tableau de Matisse que les responsables de l’exposition désiraient emprunter. Il me fut impossible d’obtenir une réponse positive, étant donné que cette œuvre est l’une des plus célèbres qu’expose le Musée des Beaux-Arts, mais c’était bien.


A l’Institut du Monde Arabe, je travaillais pour le compte de Mme Makram-Ebeid. Elle me demanda tout d’abord d’effectuer des recherches pour alimenter les propositions d’objets à retenir dans le cadre de l’exposition qui doit avoir lieu en juillet 2010 : « Le Sultanat d’Oman et la Route de l’Encens ». Cette tâche m’a permis de me rendre compte de la possibilité qui existait d’associer l’art et la politique. En effet, cette exposition doit avoir lieu au moment de la visite officielle du Sultan d’Oman, et permettra de célébrer la bonne entente diplomatique entre gouvernements français et omanais depuis le règne de Louis XIV. J’établissais une fiche de route pour mes recherches à partir du résumé des grandes lignes de l’exposition préalablement établi par ma responsable. Outre le côté historique du traitement du thème de la Route de l’encens intervenaient les aspects géopolitique, artistique, sociologique et même esthétique. Deux difficultés se présentèrent au début, toutes deux liées au risque du « hors-sujet ». En effet, la première source de recherche qui me venait à l’esprit était Internet. Or, en plus d’être un possible piège truffé d’informations erronées, lorsque l’on trouve une carte maritime d’époque ou un coffret de voyage pouvant figurer dans la liste des objets à exposer, leurs références sont quasiment toujours introuvables. De plus, il est souvent difficile de s’astreindre à ne traiter que la partie de la Route de l’encens qui concerne le Sultanat d’Oman. Je me suis donc sentie plus à l’aise dans la recherche dite manuelle, esprit critique et besoin de sources sûres obligent. C’est ainsi que, ma connaissance de l’arabe me permettant de ne pas m’astreindre aux livres publiés en langue française, je pouvais consulter les catalogues de boiseries islamiques du Louvre, ceux de l’exposition sur le Monde méditerranéen au XIVe siècle, ou encore les catalogues publiés par le Ministère Omanais de l’Information.


Une seconde tâche était liée à la future collaboration de l’IMA avec un musée suédois qui a déjà effectué une exposition-miroir présentant à la fois des artistes contemporains suédois et jordaniens. L’IMA devant bientôt accueillir cette exposition, il a été demandé au département d’exposition d’alimenter une liste d’artistes français pouvant être retenus pour cette exposition-miroir. Je débutai mes recherches en considérant les artistes français les plus célébrés actuellement, tels Xavier Veilhan, Annette Messager, Tatiana Trouvé, mais je comprenais vite que cela pouvait ne pas être judicieux étant donné l’impératif de trouver des artistes qui semblaient exploiter des thèmes de l’art arabe. Je cherchai alors des informations dans les armoires de dossiers d’artistes du département alimentés par les courriers des artistes qui jugeaient que leur travail pouvait intéresser l’IMA. Les recherches furent plus fructueuses, et il semble ainsi que la recherche manuelle me convienne mieux.


D’autres tâches plus ponctuelles me furent proposées : écriture de lettres d’acceptation ou de refus destinées à des artistes voulant exposer leurs œuvres à l’IMA, participation à l’accrochage ou au décrochage d’expositions au café littéraire ou au restaurant du neuvième étage de l’Institut, scann de tableaux d’artistes et calcul de devis associés à l’exposition « Palestine : la création dans tous ses états ». Cette manière de travailler m’a permis de comprendre que c’était important de mettre la main à la pâte, car l’Institut a un fonctionnement organique : tous ses départements, la librairie, la documentation, la conservation, le musée, sont étroitement liés et il est nécessaire de pouvoir voguer d’étage en étage, de bureau en bureau, en prodiguant son aide par-ci, en remettant une autorisation d’accueil d’artiste par-là, pour que la totalité de l’Institut puisse bien fonctionner.


II- Les multiples apprentissages :


Ces tâches que j’ai effectuées ne doivent pas faire oublier que le stage est aussi une école. En effet, à Orsay, tous les stagiaires bénéficient de nombreuses visites organisées par le corps des responsables. C’est comme une sorte de programme d’excursions affiché sur un tableau à l’entrée de la documentation, et on peut s’inscrire librement. On a ainsi pu bénéficier de la découverte de la bibliothèque d’Orsay, lieu de consultation pour les spécialistes en quête d’ouvrages spécifiques, qu’ils soient d’époque ou théoriques. Même dans ce lieu, la logique du musée est conservée. Chaque semaine, un thème choisi est illustré par des vitrines présentant des extraits d’ouvrages ou des gravures de catalogues du XIXe. Cette semaine, c’est le thème de la faïence. Et la pensée diabolique suivante vient à l’esprit de tous : « j’aimerai ce type de faïence dans ma salle de bains ». Contingence humaine oblige. Ici aussi, le système informatique est indispensable pour se retrouver parmi tous les ouvrages rangés sur les étagères : des revues spécialisées aux ouvrages théoriques, des « livres d’images » aux catalogues de vente « Arts Décoratifs ».


D’autres visites guidées permettent de découvrir les réserves du Musée d’Orsay et de l’IMA : grand pèlerinage qui permet de rester alerte quant à l’immense privilège qu’on a de travailler sur des œuvres d’art, même si elles sont reproduites sur du papier glacé, en tout petit, petit format. En effet, pouvoir tenir entre ses mains de vrais daguerréotypes, des dessins d’architecture, ou encore se frayer un chemin entre deux tableaux grand format, se cogner le genou contre un canapé d’époque, voir de près les tableaux de l’artiste algérienne Baya, cela s’appelle apprendre.


Ces apprentissages sont également permis par l’ambiance qui règne à la Documentation. Loin des piaillements de touristes qui envahissent chaque jour les salles d’exposition, c’est dans une sorte de vaste CDI comprenant l’ensemble de l’équipe stagiaire que l’on travaille. Chacun est à sa table, dans un silence religieux et étonnamment stimulant. Toutefois, ce silence est souvent perturbé le mardi après-midi par le piano du vieux monsieur qui joue pour gagner sa vie, sur le parvis. La musique adoucit toujours le travail.


Ainsi, on se prend rapidement au jeu. On se dit Indiana Jones, ou pire, Robert Langdon. Non, je préfère, pour ne pas entamer mon auto-critique, me prendre pour le reporter Rouletabosse. Et voici qu’on dévore les livres publiés par sa responsable de stage : c’est un travail extrêmement précieux qui peut s’inscrire dans le cadre de mes recherches pour le thème étudié cette année en philosophie : « L’art et la technique ». Des interrogations sont sans cesse évoquées, dont celle qui interroge la place de la photographie : rupture ou point de jonction entre art et technique ? Les thèmes présentés sont nombreux : la représentation symbolique de la main dans la photographie, le traitement des images post-mortem, la naissance du reportage réaliste avec l’illustration de la Commune de Paris ou encore la construction de la Tour Eiffel et ses enjeux, le traitement de l’orientalisme en cette période de colonisation. A l’IMA, au cours de mes recherches pour l’exposition en partenariat avec la Suède, je découvrai aussi le travail d’un artiste faisant de la sérigraphie sur le thème du drapeau algérien pour dénoncer les années noires du terrorisme. Mes découvertes n’étaient donc jamais dénuées d’émotions vives.


Au Musée d’Orsay, on joue même à des jeux. Sur un tableau d’Achenbach, « Le Môle de Naples », faisant partie des œuvres retenues pour « Voir l’Italie et Mourir », un symbole associé à la ville de Naples m’intrigue tellement que j’en parle à quelques autres stagiaires. La mission est la suivante : éplucher pendant notre temps libre les dictionnaires de symboles, les dossiers d’œuvres acquises par Orsay. Conclusion : le symbole était reproduit sur des boucliers antiques. Puis, il est associé à la région sicilienne. Puis, mystère. Il ressemble vraiment aux symboles employés pas les sectes religieuses ou les confréries politiques secrètes, ou, en étant plus réalistes, aux masques de la Commedia dell’ arte. Suite au prochain épisode.


L’option bonus au cours de ce stage fut également l’accès libre aux « coulisses » d’Orsay et de l’IMA. Les lundis représentant la fermeture hebdomadaire du musée au public, c’est cour de récréation pour les stagiaires durant quelques heures de la journée. C’est ainsi que l’on a pu assister au décrochage de l’exposition « Oublier Rodin ? » en partance pour Madrid. Le contact aux sculptures se matérialise ainsi devant nos yeux : chaque sculpture doit être placée dans une caisse, et cette opération minutieuse prend beaucoup de temps, sous les yeux des stagiaires et des responsables qui retiennent leur respiration, angoissés à l’idée que les câbles qui soutiennent la Vénus Vitrix ne lâchent.


Ma responsable m’avait également conseillé de partir à la découverte de certaines sections du Musée. Observer, seule, sans aucun bruit parasite, les figurines du Théâtre du Chat Noir, la salle des fêtes d’Orsay, se retrouver nez à nez avec « Coquelicots » de Monet, les Pissarro de son enfance, courir d’un bout à l’autre du Musée pour comparer les deux représentations de « La Naissance de Vénus » exposées, se confronter à « Un enterrement à Ornans », ou mieux, à « L’Origine du Monde », tout cela s’apparente presque à un pèlerinage. De plus, au cours de la seconde quinzaine du mois de stage, les stagiaires bénéficiaient d’invitations pour le vernissage de l’exposition sur les travaux de Max Ernst. C’est ainsi que je pouvais mettre en pratique les réflexes acquis au cours de l’année d’hypokhâgne, modestement, en essayant d’adopter l’esprit critique que l’on nous conseille d’exercer, pour mettre en lien la représentation de la femme associée à l’omniprésence de l’élément aquatique dans l’œuvre de celui qui fait partie des précurseurs du surréalisme. De même, la découverte de l’exposition sur l’art contemporain en Palestine nécessitait que j’exerce un certain esprit critique. En effet, faire abstraction de ses sentiments était quelquefois nécessaire pour apprécier de manière plus objective les œuvres de certains artistes.


En plus de la bonne entente qui règne entre stagiaires, s’instaure rapidement l’admiration éprouvée pour celui qui devient notre professeur le temps d’une visite guidée ou d’un stage tout entier. Ainsi, ma responsable de stage, Mme Bolloch, me fait bénéficier de plusieurs explications concernant l’exposition « Voir l’Italie et Mourir », exposition difficile à comprendre et pourtant minutieusement construite. En réalité, c’est une sorte de grande dissertation artistique qui s’offre aux yeux du visiteur. Cette découverte me permet dès lors de comprendre à quel point l’apprentissage de l’organisation de sa pensée est nécessaire et utile.


Plusieurs contacts à cette exposition me permettent de plus d’adopter à chaque fois un nouveau regard, et surtout de construire l’ébauche d’un système de pensée. En effet, le premier contact est le plus étrange car il me fait découvrir le thème et les œuvres exposés à travers le catalogue d’exposition, ce qui excite ma curiosité. Le second consiste en la découverte solitaire du parcours de l’exposition : les premières interrogations, les premières hypothèses se dessinent. Celles-ci me poussent à poser des questions à Mme Bolloch, c’est le troisième contact avec l’exposition. Mais ce sont surtout les quatrième et cinquième contacts qui me permettent d’en savoir plus : c’est là que les hypothèses formées sont soit confirmées, soit réfutées. En effet, j’assiste à deux visites guidées faites par Mme Bolloch, la première en l’honneur des « Amis d’Orsay » et la seconde pour le corps des stagiaires. A l’issue de ces deux visites, d’autres responsables de la documentation organisent des visites guidées d’expositions présentées en écho à « Voir l’Italie et Mourir » :

-L’Italie des Architectes : réflexion autour du Prix de Rome au XIXe.

-Les Italiennes Modèles qui présente des peintures d’Hébert

C’est ainsi que je parviens à la conclusion suivante : le Musée en entier est lui-même une gigantesque dissertation mouvante !


Ma responsable à l’IMA, Mme Makram-Ebeid, me fait rencontrer les artistes qui exposent à l’IMA et traitent de thèmes qui me tiennent à cœur : art contemporain iranien, systèmes de microcrédit en Egypte, enfants yéménites.


Conclusion :


Comme première expérience professionnelle, mes deux mois de stages ont été extrêmement rassurants car le pont est jeté entre la grande expérience de l’année d’hypokhâgne et ce qu’on peut faire comme travail plus tard. C’est ainsi que j’ai vu comment un plan dialectique pouvait être associé à toutes les franges du fonctionnement d’un musée, comme au cours de l’élaboration de l’exposition sur les dernières années de Renoir ou du monde des Mille et une nuits. De plus, pour l’idéal que je me suis construite, travailler au quotidien avec des femmes, modèles de ce que j’aimerai être plus tard, était particulièrement intéressant. Cela rejoint sur le long terme le projet que je voulais établir au départ en complétant pendant l’été de l’année 2008 ma demande d’admission à Sciences Po Paris.


Vous le savez, le stage au cours du mois de juin n’est pas obligatoire, mais recommandé. Peut-être parce que la bulle de la classe préparatoire nous rend extrêmement efficaces uniquement dans un cercle fermé, pour des tâches bien spécifiques, et que l’expérience professionnelle débutée le plus tôt possible pallie ce défaut ? Non. C’est surtout indispensable afin que l’on apprenne que toutes les méthodes difficilement et minutieusement acquises sont les clefs qui nous préparent à gérer tout type de projet intellectuel.

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