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Mémoires émoussées

 

 

On a voulu se souvenir.

Place de La Bonne Bière, le 5 novembre 2016.

 

 

 

 

 

La Bonne Bière occupe une place privilégiée à l’angle du faubourg du Temple et de la rue de la Fontaine au roi, dans le 11e arrondissement de Paris. Elle offre des boissons chaudes et froides, des rencontres chaudes et froides : elle offre surtout le spectacle du boulevard Jules Ferry. Si l’on tend l’oreille, l’écluse du canal Saint-Martin se fait entendre. À la gauche du café, un court passage piéton permet de rejoindre une presqu’île sur laquelle un Franprix, ombragé par deux grands arbres et dissimulé par les plantes des étalages, attire les passants. À la droite du café, un McDonald, un kebab, une boulangerie et des portes d’immeubles sans grand intérêt.

Au loin sur le côté gauche, une poubelle à verres et un parking à vélos avec beaucoup de vélos. De l’autre côté de la rue, des motos garées. Passé le pont, le regard s’arrête sur un immeuble ancien, la vitrine d’une banque, un immeuble des années 20 et le café de la grisette.

Devant le café, à hauteur des regards, des personnes assises en terrasse, une boîte à lettres jaune entourée de pots de fleurs. À ses côtés, deux motos de marque Vespa sont cadenassées fermement à une barrière, l’une est bleue, l’autre noire. Un lampadaire supporte un vélo accroché à lui.

C’est sans doute cette configuration curieuse qui me poussa à m’asseoir, ce samedi de novembre, à la terrasse du café, aux environs de 10 heures. Je pensais y rester quelques minutes, mais j’y passais finalement deux heures, retenue par les évènements. Peu de personnes étaient présentes en terrasse, mais celles qui y étaient, étaient là, attentives.

Sous l’un des arbres de la presqu’île, une chaise était disposée de manière à procurer à celui qui s’assiérait, un temps de répit dans la vie parisienne. Celui qui en profitait ce jour-ci et peut-être tous les jours, était un homme d’une cinquantaine d’années aux cheveux noirs longs, portant un chapeau rose et un habit de cowboy couleur terre. Au moment où je m’assis dans le café, il se leva et fit quelques pas en direction du Franprix. L’action commence.

 

Alors que j’observe la démarche nonchalante du cowboy, une dame aveugle avec un sac à dos vert, suivie d’un homme et de son petit garçon, traversent sur le passage piéton. Puis, une grand-mère tirant un caddie bleu dépose une lettre dans la boîte à lettres jaune. À 10h03, le bus 75 passe. Un homme portant un casque de moto rose et une guitare traverse la rue. Quelques minutes plus tard, il repasse sur une moto. La trajectoire du véhicule me ramène sur le Franprix et sur un homme à casquette bleue, doudoune bleue et chaussures New Balance qui garde l’entrée. Quelle est sa fonction ? Un jeune homme sort du Franprix. Une femme aux cheveux rouge, vêtue d’une chemise à carreaux fuchsia et blanc, une écharpe rose autour du cou, passe devant le café et se dirige vers le Franprix. Quelqu’un salue le cowboy, c’est un homme grand en manteau de cuir. Le bruit d’un vélo se fait entendre à ma gauche. Une femme en manteau orange poussant une poussette rouge passe. Deux taxis se rencontrent au milieu de la rue. Un couple habillé en gris, portant des basketts et une écharpe se dandine. L’homme à casquette bleue est en réalité une femme aux cheveux courts et rides apparentes. Le cowboy se dirige vers elle et lui parle. Ils semblent se connaître. Il prend un sac de course et se dirige vers le café. À droite, une jeune fille tire un sac de voyage, elle porte un sac sur son dos et un casque sur ses oreilles. 10h19, le bus 75 avance direction Porte de Pantin. Deux policiers passent près des voitures garées le long du Franprix, casquette bleue leur fait signe. Un groupe constitué d’un père, d’une mère et de trois enfants se dirige vers la boulangerie. Ja ich war in den Auto. Des Allemands ? Le bruit d’une sonnette de vélo retentit. Un homme mince et grand traverse en marmonnant et se poste devant la boîte à lettres, une cigarette entre les doigts. Un jeune homme, une pâtisserie dans la main, se dirige lentement vers le passage piéton. La postière traverse et rencontre un homme, la tête recouverte de sa capuche. Comment ça va ? Discussion phatique. Rencontre choc entre deux trottinettes transportant l’une une petite fille, l’autre un grand garçon. Les grand-parents arrivent précédés d’un petit garçon lui-même à trottinette. Un homme aux cheveux longs gris, un casque de moto sous la main parle à casquette bleue. Deux femmes portant un t-shirt noir à manches courtes et un tablier courent vers le Franprix. Des employées ? Un homme s’arrête pour parler à casquette bleue puis entre dans le magasin. Rencontre de deux poussettes : deux mères, deux enfants. Un homme au pull vert entre dans la Bonne Bière.

 

 

 

La Bonne Bière occupe une place privilégiée à l’angle du faubourg du Temple et de la rue de la Fontaine au roi, dans le 11e arrondissement de Paris. Elle offre des boissons chaudes et froides, des rencontres chaudes et froides : elle offre surtout le spectacle du boulevard Jules Ferry. Si l’on tend l’oreille, l’écluse du canal Saint Martin se fait entendre. À la gauche du café, un court passage piéton permet de rejoindre une presqu’île sur laquelle un Franprix, ombragé par deux grands arbres et dissimulé par les plantes des étalages, attire les passants. À la droite du café, un McDonald, un kebab, une boulangerie et des portes d’immeubles sans grand intérêt.

Au loin sur le côté gauche, une poubelle à verres, brisés et un parking à vélos avec beaucoup de vélos. De l’autre côté de la rue, des motos garées. Passé le pont, le regard s’arrête sur un immeuble ancien fissuré, la vitrine d’une banque, un immeuble des années 20 et le café de la grisette.

Devant le café, à hauteur des regards des personnes assises en terrasse, une boîte à lettres jaune entourée de fleurs, fanées. À ses côtés, deux motos de marque Vespa sont cadenassées fermement à une barrière, l’une est bleue, l’autre noire. Un lampadaire supporte un vélo accroché à lui.

C’est sans doute cette configuration curieuse qui me poussa à m’asseoir, ce samedi de novembre, à la terrasse de ce fameux café, aux environs de 10 heures. Je pensais y rester quelques minutes, mais j’y passais finalement deux heures, retenue par les évènements. Peu de personnes étaient présentes en terrasse, mais celles qui y étaient, étaient là, troublées.

Sous l’un des arbres de la presqu’île, une chaise était disposée de manière à procurer à celui qui s’assiérait, un temps de répit dans l’agitation parisienne. Celui qui en profitait ce jour-ci et peut-être tous les jours, était un homme d’une cinquantaine d’années aux cheveux noirs longs, portant un chapeau rose et un habit de cowboy couleur terre. Au moment où je m’assis dans ce café, il se leva et fit quelques pas en direction du Franprix. L’action commence.

 

Alors qu’elle était assise près de l’écluse, une femme voilée d’un tissu rouge, traverse et entre dans une Peugeot 306 qui l’attend. Sifflements d’un homme barbu. Deux éboueurs sortent du café. Une des vendeuses habillée en noir accourt vers le café. Une joggeuse passe devant le café en courant. Il n’y a manifestement rien d’inhabituel en ce samedi matin, rien qui ne rende ce lieu « spécial ». La dame aux cheveux rose passe, regarde avec étonnement la terrasse du café puis continue vers le Franprix. Pourquoi tant de regardeurs ? 10h43, un bus 75 avance direction République puis un autre direction Porte de Pantin. Les deux employées passent avec un pack d’eau et du papier toilettes blanc. Klaxon de voiture. Un père et sa fille se placent devant moi. Une femme passe devant le café, le regarde, traverse vers la presqu’île, se retourne, le prend en photo puis l’observe. C’était donc ici... Une femme souriant entre dans le café. Le serveur vient en terrasse pour prendre les commandes. La femme aux cheveux rouge repasse, une cigarette en fin de vie dans la main. Confusion. Bruit fort de démarrage d’une moto. Une femme en talons lance des regards interrogateurs aux regardeurs et au café. La femme souriante ressort du café. Un garçon sur son skate rose attend au passage piéton, traverse puis se pointe devant moi. Un couple avec une poussette et accompagné d’une femme plus âgée s’arrête devant le café, ils y entrent finalement. Des Espagnols ? Des Anglais ? Un café qui attire le monde entier. Un café, symbole des innocents du monde tués. Plusieurs regards interrogateurs fusent de personnes différentes. Le serveur passe avec une baguette et un café. Bonjour ! Ça va ? Un fidèle habitué. Premier rayon de soleil sur la terrasse. Chaleur et joie de la vie. Un homme en doudoune orange, portant une casquette noire et des lunettes sort du café. Il fume devant la boîte à lettres. Un jeune couple entre dans le café. Casquette bleue sort une canette de bière de son manteau, boit une gorgée puis replace la canette à sa place. Un couple s’interroge sur le café. Ont-ils vu la plaque ? Café-4,80 ! C’est le serveur. Merci ! Trois jeunes passent devant le café promenant avec eux de la musique. Ils s’arrêtent au milieu du passage piéton et dansent. Des pleurs d'enfant provenant d’un porte-bébé. On se calme mon bébé ! Paroles rassurantes d’un père. La vie continue donc. Une femme avec un sac à dos violet s’interroge devant le café puis finit par s’asseoir à la terrasse. Bonjour madame ! Casquette bleue s’assoit sur la chaise près de l’arbre, celle du cowboy. Quatre policiers arrêtent une voiture blanche au loin. Ils la laissent partir et interpellent un cycliste. Une femme hoche la tête en voyant les regardeurs, sourires complices échangés avec elle. Un couple sort du café. Tu veux y aller en métro ? Un homme tenant sous son bras une bd Tintin l’oreille cassée traverse avec sa fille en direction du café. Les rires de trois adolescentes au passage piéton éclatent. Je suis une mytho c’était hier ! Elles traversent. Une petite fille en trottinette, habillée de pois rose et rouge, s’arrête devant moi. Elle me regarde. Je la regarde. Un petit garçon débarque en trottinette. Il porte un manteau à carreaux bleu. Bouillonnement de la jeunesse. Ils s’en vont. Le motard au casque rose passe sur sa moto avec dans son dos un jeune garçon et sa guitare. Tout est rentré dans l’ordre.

 

Amandine Peyraud-Mamys

 

 

 

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