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Père-Lachaise 2018

 

 

Synopsis

 

 

Séquence 1.

Extérieur. 

Cimetière du Père Lachaise Paris, carrefour entre l'avenue transversale numéro 2 et l'avenue des Combattants étrangers morts pour la France.

Jour, ciel gris. 10h du matin.

 

Léger bruit du vent.

Filmé en noir et blanc.

 

 

L'absence de bruits et de couleurs doit produire le sentiment d'une absence de vie.

L'image doit donner l'impression d'être celle d'un documentaire historique,

d'un temps qui n'existe plus, celui des morts.

 

Plan fixe sur une des allées du carrefour pendant 2 secondes. Il n'y a aucun passant.

Il n'y a aucun passant donc aucun mouvement,

on semble être face à une photographie,

à une image figée dans laquelle la vie ne peut s'introduire.

 

 

Plan fixe sur une tombe pendant 3 secondes.

La caméra s'attarde 3 secondes sur cette tombe,

comme s'il y avait une action à regarder,

comme si quelque chose allait en sortir.

Or tout ce qui nous est offert à voir est statique,

la tombe ne bouge pas plus que la caméra,

aucune vie ne semble pouvoir se manifester.

Plan fixe sur un arbre secoué par le vent pendant 2 secondes.

Plan fixe sur un corbeau immobile sur une tombe pendant 3 secondes.

Le corbeau est « l'oiseau de mauvais augure » :

la seule manifestation de la vie qui nous est présentée porte une malédiction.

Plan fixe sur une croix filmée en contre-plongée avec le ciel en fond pendant 2 secondes.

La croix domine l'écran et apparaît toute puissante : c'est le règne de la mort.

 

Séquence 2.

Rupture violente : l'image est saturée de couleurs et les mouvements sont vifs.

Filmé en couleurs.

La caméra bouge légèrement de haut en bas au rythme de la démarche du joggeur.

 

Gros plan sur une oreille avec un écouteur blanc. On voit quelques cheveux bruns au-dessus de l'oreille.

L'image en couleur de l'oreille en gros plan,

marque une rupture radicale

avec les images précédentes des arbres et des corbeaux en noir et blanc :

on est passé de la nature à la culture.

La musique débute (Uptown Funk de Bruno Mars) seulement un rythme sans paroles, le volume est faible.

Après le mouvement et les couleurs,

c'est à présent la musique qui vient détruire l'atmosphère du début.

Puisqu'elle débute simultanément avec le gros plan de l'écouteur,

le spectateur identifie sa source.

Ce rythme progressif sans paroles lui annonce cependant que quelque chose se prépare.

La focalisation sur l'oreille réduit la vision du spectateur qui construit des hypothèses.

Ainsi, au moment où j'introduis la vie dans l'écran,

je réveille le spectateur.

Sa curiosité et son imagination se déclenchent,

il devient actif et cesse d'être le simple spectateur d'une tombe statique.

Gros plan sur une goutte de sueur qui coule sur son front. 

Cette goutte de sueur exprime le fait de vivre, le joggeur court, vit, transpire.

Le spectateur peut cependant s'imaginer un tout autre scénario sur la raison de cette transpiration.

Gros plan sur sa bouche qui imite le rythme de la musique, « toub, toutoudoub, toutoudoub, toutoub ».

La caméra ne fait que nous donner des indices, des images partielles :

une oreille, le haut du front, la bouche.

 

Gros plan sur le tissu rouge fluo de son jogging au moment du « wow » dans la chanson à partir duquel les paroles commencent.

L'écran monochrome marque le point de rupture totale entre les deux atmosphères.

Après lui la musique commence véritablement et on découvre la silhouette entière du joggeur.

 

Travelling arrière à partir du tissu rouge fluo, jusqu'à ce qu'on voit entièrement le joggeur.

Il a un ensemble Adidas rouge avec des bandes blanches et des baskets jaunes.

A mesure que le travelling arrière recule et que le plan s'élargit, la musique est de plus en plus forte.

Le joggeur est filmé de face, en plan large. Travelling arrière à mesure qu'il avance, il monte une allée en marchant rapidement.

 

Le joggeur est en couleurs, le reste est toujours en noir et blanc.

Sa silhouette est en rupture avec ce qui l'entoure,

comme s'il avait été découpé dans un magazine de sport

et collé sur la photographie en noir et blanc évoquée précédemment.

C'est son intrusion qui déclenche l'intrigue,

il apparaît comme un visiteur inattendu que l'on dénoncerait par sa différence de couleur.

La caméra s'élève jusqu'à un plan en plongée qui surplombe progressivement l'ensemble du cimetière.

Le joggeur est à présent une silhouette lointaine mais toujours identifiable, une tâche de couleur au milieu d'un ensemble gris. 

A mesure qu'il avance, il répand les couleurs dans les allées du cimetière et des gens, des joggeurs, des enfants, des touristes y apparaissent.

Du cimetière morbide en noir et blanc tel celui qu'on trouve dans Vampyr de Dreyer,

nous passons maintenant à Almodovar ;

les couleurs sont vives, le cimetière,

comme dans l'ouverture de Volver, proclame le règne de la vitalité.

Le joggeur n'est pas une tache de couleur perdue dans un ensemble gris,

il n'est pas un intrus irrespectueux de faire son jogging dans un cimetière,

il est ce qui donne de la couleur à cet ensemble gris,

ce qui fait que ce cimetière, n'est ni triste ni morbide : c'est le cimetière de la vie.

Emma Seigneur

E

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