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Nighthawks

Anouk Pernot

Diptyque

(à lire avec Pauline de Quatrebarbes)

-    C’est trop trad, il se racla la gorge, pardon, c’est trop tard Oedicnème. C’est fini, il n’y a plus rien à faire, vous n’avez plus rien à faire ici.

-    Vous ne croyez  tout de même pas pouvoir me dissuader d’y aller?

-    C’est mon devoir

-    Et comment y parviendrez-vous? Par la force? Vous ne me faites pas peur.

-    Par la force oui, s’il le faut, je suis votre mari. C’est un lieu dangereux, personne n’en est jamais ressorti ...

-    Vous n’allez tout de même pas me maintenir éternellement prisonnière comme un oiseau d’appartement dans ce lieu si froid?

-    Non voyons, juste le temps de vous raisonner. Le bois de houx est une jungle, on raconte que l’on s’y entretue pour survivre.

-    Ce sont des mythes, il ne faut pas écouter ces personnes-là, si je veux tenter ma chance j’irai, avec ou sans votre accord.

-    Et que voulez-vous y gagner? Du courage de la liberté, du bonheur, reconnaissance peut être?

-    Tout est mieux que d’être enfermée, j’étouffe, j’ai besoin d’air, j’ai besoin de voler de mes propres ailes, de me libérer de cette cage, de ces barreaux, de cette prison. Vous comprenez? J’ai besoin d’être quelqu’un, de ...

-    Assez! Vous vous enfoncez dans votre propre piège, vous ne sortirez pas d’ici tant  que vous n’aurez pas renoncé à cette  idée, vous m’entendez! Je vous aime, je ne veux que vous protéger, faites moi confiance... Je...

-    Arrêtez de faire semblant,  vous ne m’aimez pas, vous me possédez. Et ça a toujours été ainsi. Laissez les projecteurs tourner, laissez-moi, après cette vie passée dans l’ombre, dans l’anonymat, être sous le feu des projecteurs, je vous en prie! 

-    Quel enfant... si vous vous voyiez... Vous vous feriez rire... Toujours à vouloir attirer l’attention de tout le monde! Mais ma pauvre femme, elle est là la vraie vie, elle est ici, juste sous votre nez! Pas besoin de tout ce cinéma pour exister!

-    Eh bien justement, peut-être que si finalement, c’est peut-être le seul moyen que j’ai maintenant. Ah ça pour exister, j’existe!  Même si exister signifie rester cloîtré dans un bocal à poissons, sans issue, seul... Alors oui, j’existe! Mais je ne vis pas, ou en tout cas pas encore, parce que exister, tout le monde en est capable, mais vivre... je n’en suis pas si sûre. Ou pire! Je suis, voilà tout, je n’arrive même plus à exister !

-    Vous êtes à deux doigts de me faire pleurer, vous feriez une très bonne comédienne ! Mais vous ne pensiez pas m’avoir par les sentiments si? Vous êtes adorable...

Il posa sa main gauche sur sa jambe droite, et, sans vraiment savoir s’il s’agissait d’un geste sensuel ou d’une façon de l’emprisonner, au contact des deux corps, Oedicnème eu un frisson de terreur soudain et...

-    Tout va bien?  Vous désirez boire autre chose? Demande le barman.

Œdicnème, qui ne savait plus ou poser son regard , prit dans sa main droite un vieux ticket de caisse vert froissé qui trainait sur le comptoir et fit semblant de lire les petites écritures, les chiffres incompréhensibles qui y étaient inscrits pour ne pas avoir à entamer une conversation. Elle resta pendant un moment interdite, immobile, regardant sans voir, abîmée dans un désespoir sans bornes.

-  Oui, tout se passe au mieux, madame est juste un peu fatiguée.

-    En même temps, il faut dormir la nuit!

-    Votre diner est-il toujours aussi vide ? Pardon, je reprends.Votre diner est-il toujours aussi calme?

-    Non, enfin oui... enfin si on veut...Enfin, surtout quand les oiseaux ne chantent plus!

-    Quand les oiseaux ne chantent plus? Parce que vous les entendez souvent chanter vous à New York?

-    Il suffit de tendre l’œil et d’ouvrir l’oreille pour les entendre, pardon, de tendre l’orteil... enfin, l’oreille et d’ouvrir les yeux.

-    Oui, c’est mieux dans ce sens là, même si tendre l’œil est plutôt joli comme image.

-    En tout cas, ils parlent et ils chantent. J’en connais un, il vient se poser près d’ici, c’est un engoulevent d'Amérique, vous me dirait que ce n’est pas un oiseau des villes, mais vous savez, il ne faut pas toujours se fier aux apparences.

Le temps paraissait immobile, comme s’il était minuit depuis des heures, des longues heures interminables dans lesquels ils étaient  emprisonnés, comme si cette scène s’était déjà produite et se reproduirait encore une fois de plus et pour toujours.

 

-    En allant dans le bois de houx, vous irez droit dans le décor.

-    On en ressort vivant,  dit l’homme de dos, mais c’est rare d’en sortir plus fort.

-    Vous êtes?

-    Monsieur Murant, j’ai été prisonnier plusieurs années dans le bois sacré, je le connais par cœur. J’ai voulu tenter ma chance, on m’y a enfermé. Enfermé sous un ciel en carton, entouré de houx de plastique sans même m’en rendre compte. J’y ai perdu mon temps, mon énergie, ma confiance en moi, et en les autres.

-    C’est de là d’où viennent ces...

-    Ne posez pas cette question madame, vous voilà bien indiscrète! Lui chuchota son époux

-    Oui, les traumatismes ont laissé leurs traces...

-    Ne vous sentez pas obligé d’en parler... Mon épouse a un goût absurde pour ce genre de choses.

-    Je la comprends vous savez, moi aussi, quand j’étais jeune, à mon époque,  j’avais ce goût-là aussi, je pense même qu’il reste ancré en moi quelque part, toujours aujourd’hui.

-    Alors, repris Oédicnnème, si vous me le permettez, cher époux,  d’où viennent ces stigmates ?

-    Celle-ci est la plus ancienne, j’ai essayé de la cacher, de la maquiller, comme toutes les autres, mais rien n’y fait, elle ressort toujours d’une façon ou d’une autre.

Sur sa joue droite, un peu au-dessus de sa fossette, une trace, une marque, enfin, une cicatrice se dessinait comme se dessine la rivière Hudson en séparant Brooklyn de Manhattan. Sous son chapeau gris clair, l’homme dissimulait des brûlures, il paraissait être  vivant parmi les morts, ou mort parmi les vivants. Oui, c’est cela, mort intérieurement dans un monde qui paraissait être le plus vivant de tous, celui ou tout le monde est connu et semble avoir réussi , mais assez lucide pour se rendre compte du mensonge dans lequel il était tombé et dans lequel il avait faillit mourir. Et alors qu’un éclair soudain fit surface et un bruit sourd se fit entendre à la grande surprise des acteurs, M. Murant commença à se retourner pour...

 

-    Coupez, Coupez! Cria, le directeur, Christopher, on a dit 10 secondes avant de te retourner, pas 5, pas 15, 10! Allez, on reprend, SILENCE... et... ACTION!

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