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Proper Parfait Goubaux :

une vie, des vies

1837

Discours de P. Goubaux à ses élèves

Chloé Sanmartin-Lord

 

 

« Mes amis »,

Monsieur Goubaux les avait convoqués pour écouter son discours de rentrée des classes., « J’ai longtemps réfléchi… », continuait-il.

Parmi les professeurs somnolents, accoutumés au discours de bienvenue, seul le professeur de latin sembla se réveiller. L’assemblée, constituée de jeunes garçons de tous âges, également somnolents, ne réagit pas. Dans cette grande salle, la voix de Goubaux résonnait, ricochant sur les murs sombres.

Le professeur de latin promena son regard sur les jeunes garçons assis sur leur chaise de bois dur, pour y constater un éveil progressif. Goubaux était un excellent orateur et un professeur hors pair, et savait employer le ton de voix adéquat pour attirer l’attention des garçons et les tirer de leur torpeur. Cette facilité qu’il avait à les stimuler provenait de sa relation personnelle avec chacun des élèves. Il cherchait à entrer dans leur l’intimité. Il connaissait ainsi le prénom de tous les garçons de l’établissement, et probablement un détail sur eux.  Les garçons lui rendaient l’attention qu’il leur portait, et combattaient leur sommeil pour écouter le leur directeur.

« En ce nouveau trimestre, j’ai pu observer ce que vous a apporté cette institution. Au lieu d’un discours d’apparat, que je ne saurais faire, je vous parlerai avec la franchise à laquelle vos familles se sont faites et qu’elles me pardonnent. Au commencement de l’année scolaire, vous n’étiez pas les jeunes hommes que vous êtes aujourd’hui. Vous avez surmonté les difficultés des travaux et des jours, et il faut que les maîtres sachent aussi être reconnaissants, et publiquement, nous tous ici remercions les élèves de leur bonne volonté.

Vous, les élèves, vous êtes ma préoccupation principale. Néanmoins les travaux ont-ils, dans chaque classe, atteint le point marqué ? Il faut répondre non. Un instant, j’avais espéré mieux. Mais cet espoir était voué à l’échec. Comment, dans un monde de science et de progrès techniques, puis-je encore vous enseigner la physique sans matériel adapté ? Seules des conférences illustrées me permettront de faire des cours efficaces. Sans elles, je ne puis vous montrer sous forme concrète le sujet de mes propos théoriques si abstraits et formels.

Je ne vous ferai pas l’affront de vous énumérer les lacunes de vos connaissances : elles sont dues au manque de matériel propre à une éducation complète. »

Le professeur de latin avait déjà entendu ce discours. Il entendait souvent Goubaux pester en marmonnant contre l’éducation, contre le matériel, les disciplines. Les élèves, qui n’avaient jamais entendu une telle déclaration, portèrent levèrent leur regard attentif sur Goubaux.

« J’ai longtemps réfléchi… » continuait-il. Bien formés par Goubaux, les élèves savaient repérer le caractère exceptionnel de ce qui allait suivre, une telle introspection était rare ! « Avouons sans détour que je ne me sens pas apte à vous fournir le meilleur enseignement pour votre avenir dans ce cadre. Je vous annonce donc solennellement ici ma décision de réformer votre enseignement. Tel qu’il est, il est inadapté à votre vie dans le monde actuel qui ne cesse de se moderniser.

J’aurais voulu ne pas vous impliquer dans une telle décision, et les générations qui changent seront peut-être seules appelées à goûter, dans le calme et le repos, les larges et nombreuses améliorations que doivent subir les mœurs publiques. Si vous n’avez pas reçu une éducation adaptée au monde moderne, l’édifice laborieusement élevé par notre collège d’enseignants s’écroulera pierre à pierre, et vous débattrez au milieu des décombres.

Et serez-vous moins dignement fiers, mes amis, quand vous vous rappellerez que vous les premiers aurez eu la force de changer, de vous adapter, pour vous former au monde qui vous entoure. Oui, la bravoure de votre jeunesse vous promet la gloire d’être des hommes de bien.

Si vous voulez me suivre dans cette entreprise de renouveau et de modernisation, je vous accueille à bras ouverts, mais si vous ne le voulez pas, je ne vous retiens pas. Je suis certain, mes amis, qu’aujourd’hui, aussi sincèrement que moi, vous appréciez à leur juste valeur les mois passés à soigner votre éducation ; je veux être certain aussi que vous vous épanouirez, par de nouveaux efforts, dans un cadre éducatif renouvelé. »

 

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