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Père-Lachaise 2018

 

 

Samedi 3 Février, 9h54 :

 

J’arrive à la station de métro Gambetta, je prends l’avenue du Père-Lachaise et entre dans le cimetière par la porte Gambetta. Alors, je m’engage tout droit dans l’avenue des combattants étrangers morts pour les France et je m’arrête à l’angle avec l’avenue transversale n°2. Je ne suis pas très loin du crématorium. Il fait froid, heureusement qu’il ne pleut pas ! Je regarde un peu partout autour de moi. J’entends le claquement des talons sur le pavé, les cris des corbeaux que je ne vois pas, le vrombissement des moteurs de voitures, Berlingo blanche, Dacia blanche, Citroën rouge, Volkswagen argentée, Volkswagen blanche, BMW argentée. La présence des voitures ici m’obnubile. Elles me fascinent. Je regarde tout, marque, couleur, roues, plaque d’immatriculation. AL-546-DK. EH-389-KW. Ça suffit. J’arrête de regarder les voitures, je lève la tête et regarde le caveau qui se trouve en face de moi. Il est superbe ! J’en oublie le reste. Du dehors je vois des murs bien noircis et comme décrépits, un pot de fausses fleurs rose fushia, la porte est rouillée et des toiles d’araignées se tissent entre les arabesques de fer forgé qui la décorent. A l’intérieur je vois une statue de la Vierge pleine de poussière et un beau vitrail doré.

FAMILLE DELINOIS

 

 

 

Charles Delinois

Madame C. Delinois

Née Marie Adèle Carmélite

SOUFRINO

Né aux Cayes (Haïti)

Le 20 Mars 1843

Décédé à Nice le 3 Août 1923

 

Décédée à Paris le 15 Septembre 1877

A l’âge de 63 ans

Aimée et regrettée de son mari,

De ses enfants et de ses amis

Priez pour Elle !

Amerlin Delinois. Né aux Cayes en 1958. Père fermier, mère commerçante. Vit à Port au Prince. Peintre. Il y a beaucoup de Delinois en Haïti, mais peut-être Amerlin était-il l’arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de Carmélite ou l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de Charles ? Après tout, pourquoi pas ? Je bute… Comment l’arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de Carmélite ou l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de Charles aurait pu devenir peintre aux Cayes alors que sa présumée arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère vivait à Paris et son présumé arrière-arrière-arrière-grand-père à Nice ? Elle vivait à Paris ? Il vivait à Nice ? Il y avait tellement de Delinois de toute façon… Et pourquoi pas un cousin ? Je suppose qu’il pouvait être un cousin de Charles. Mais bon, il y en a tellement des Delinois aux Cayes en même temps… Les oiseaux gazouillent, doux et léger pépiement qui me berce et m’incite à la rêverie.

Charles Alexandre Léon Durand, comte de Linois. Né à Brest le 27 Janvier 1761. Marin français. Fait prisonnier de guerre par la Royal Navy. Nommé contre-amiral puis vice-amiral par Napoléon. Vainqueur de la bataille d’Algésiras contre les Britanniques. Commandant de la légion d’honneur. Chef des forces françaises de l’océan Indien. Détenu par les Anglais jusqu’à la chute de l’Empire. Chevalier de Saint-Louis. Cet homme avait fait une carrière formidable. La seule tache dans son existence de militaire, le procès de 1815, fut rapidement estompée lorsqu’il fut acquitté en 1816. En plus il s’appelait Charles. Même prénom. Il y a quelqu’un qui rit. Charles, Charles, Charles… Elles sont même trois à rire ! Trois jeunes filles bien vivantes qui s’avancent dans l’allée. De Linois, de Linois, en deux mots ! Ah Ah Ah ! Mince alors !

 

Née Marie Adèle Carmélite. Carmélite. Religieuse de l’ordre du Carmel. Mais comment une carmélite pouvait-elle s’être mariée et avoir eu des enfants ? Soufrino c’est un peu comme Sofrino. Sofrino c’est un oblast de Moscou. Une carmélite en Russie ? Il y a des Carmélites à Usole au fin fond de la Sibérie. En plus il y eu une courte tentative de fondation du Carmel à Moscou qui même si elle fut contredite par l’Eglise orthodoxe quelques jours plus tard a néanmoins eu lieu et donc il y avait forcément des carmélites à Moscou à un moment donné. Mais quand ? Le 21 Juin 1836 Marie Adèle Carmélite s’était évadée du couvent de Sofrino dans la nuit. Elle s’était ensuite enfuie à Paris où elle avait vécu une fougueuse histoire d’amour, une de celles dont on croit qu’elles n’existent que dans la fiction. Carmélite était en fait une passionnée, et le feu qui brûlait en elle depuis tant d’années était celui du désir, feu démesuré qui s’était nourri pendant toutes ces années d’enfermement. Le bruit des talons sur le pavé résonne, mon attention se trouble encore. Clac clac clac.

 

Marie Mireille Delinois. Mariée au Colonel Jean Paul. Officiels haïtiens. Trafiquants de drogue redoutables. Complices du narcotrafiquant colombien Osvaldo Quintana. Ont aidé à faire passer des quantités gigantesques de cocaïne entre Medellin et Miami en s’assurant de grosses commissions.  Dénoncés par Quintana au tribunal fédéral de Miami. Le colonel doit démissionner. Il est retrouvé mort chez lui. Marie Mireille est accusée d’avoir tué son mari. Criminelle. Ou presque. Mireille s’était échappée à Paris, à Nice ou ailleurs. Cette femme avait montré une intelligence dangereuse jusqu’à la fin de ses jours… Elle avait été sombrement brillante, elle avait été une magnifique scélérate, un escroc de génie ! Quelle bande de truands ! Pas très catholique le trafic de coke… Pourtant Haïti, Delinois, je trouve beaucoup de points communs quand même… Je commence à avoir très froid, j’ai du mal à tenir mon stylo en main.        

 

Et Les Cayes ? Les Cayes en 1843 ? C’était le début de la révolution ? Jean-Pierre Boyer, dictateur, Charles Rivière Hérard, chef de l’insurrection, Charles, Charles, Charles…   

 

 

 

Rachel Boucobza

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